Déléguer efficacement en clinique : et si on osait lâcher un peu le contrôle ?

Pourquoi a-t-on du mal à déléguer ?

Déléguer semble évident en théorie, mais plus complexe en pratique. Entre le manque de temps et la peur du résultat imparfait, les freins sont nombreux. Pourtant, une délégation bien construite permet de responsabiliser l’équipe et de gagner en efficacité.

Pourquoi a-t-on du mal à déléguer ?

Dans les faits, beaucoup d’entre vous hésitent à déléguer certaines missions, même anodines. Ce n’est pas un hasard :

« C’est plus rapide si je le fais moi-même »

« J’ai peur que ce ne soit pas fait correctement »

« Je ne veux pas surcharger l’équipe »

Ces réticences sont compréhensibles. Selon La Dépêche Vétérinaire (2022), elles sont notamment liées à la difficulté de lâcher prise dans un environnement où la responsabilité est forte et le temps toujours compté. La peur de perdre en qualité, de devoir repasser derrière ou de décevoir les clients freine souvent le passage à l’acte. Pourtant, déléguer ne signifie pas abandonner.

Bien au contraire : c’est créer les conditions de l’autonomie et faire émerger les compétences au sein de l’équipe.

Déléguer, ce n’est pas juste dire « Tu peux t’en occuper ? »

Confier une mission, ce n’est pas s’en débarrasser. C’est proposer à un membre de l’équipe de prendre en charge un projet, avec des objectifs clairs, des moyens pour réussir et une vraie marge de manoeuvre.

Comme le rappelle Le Point Vétérinaire (2023), la clé d’une délégation efficace repose sur quatre piliers :

  • Un accompagnement discret mais présent, en cas de besoins.
  • Une mission claire, avec un objectif et un livrable
  • Des moyens concrets pour mener à bien la tâche
  • Une autonomie réelle sur les choix de méthode ou de présentation

Déléguer : exemple pratique avec l’organisation d’une réunion

Poser le cadre clairement

La première étape consiste à fixer un cap. Dans notre exemple de réunion, il s’agit de définir :

  • Le thème, l’objectif, la durée
  • Les participants attendus
  • Les contraintes de planning à respecter

« Le thème, c’est “les dernières nouveautés au niveau des antiparasitaires”. Je souhaite une réunion d’1h, avec un support projeté. Libre à toi de choisir la forme d’animation. »

Plus le cadre est précis, plus la personne pourra se concentrer sur le fond, sans stress inutile.

Préciser ce qui est fixe… et ce qui est libre

Toute mission comprend des contraintes, mais aussi des zones de liberté. Il est utile de les nommer pour éviter les incompréhensions.

« Tu respectes le sujet des dernières nouveautés antiparasitaires, mais tu es libre dans la méthode : sketch, quizz, discussion. Je souhaite juste un petit récap affichable ensuite en salle de pause. »

Ce cadrage permet de stimuler la créativité, tout en gardant le cap.

Donner les moyens de réussir

Rien de pire que d’accepter une mission sans les outils pour la mener. Il faut donc prévoir :

  • Du temps dédié
  • L’accès au matériel (ordi, salle, modèles de support)
  • Des exemples inspirants ou de référence
  • Un référent en cas de doute

Un mini point d’étape à mi-chemin peut éviter des ajustements de dernière minute.

Accompagner sans surveiller

Accompagner ne veut pas dire repasser derrière. Cela signifie :

  • Être présent si besoin
  • Encourager les initiatives
  • Ne pas imposer sa propre façon de faire

Accepter que « ce ne soit pas comme j’aurais fait » est une vraie preuve de confiance.

Lâcher (un peu) le contrôle

C’est peut-être la partie la plus inconfortable : accepter de ne pas tout valider, tout anticiper, tout contrôler. Mais c’est aussi celle qui permet à l’autre de prendre sa place.

Déléguer, ce n’est pas espérer une copie conforme de ce qu’on aurait fait. C’est chercher un résultat sérieux, impliqué, aligné avec les objectifs. Et parfois, l’approche sera même plus originale, plus adaptée, plus efficace.

Valoriser le travail accompli

La reconnaissance est essentielle. Elle passe par :

  • Un remerciement clair et visible
  • Un retour constructif
  • Une intégration des bonnes idées dans les pratiques de l’équipe

« Merci à Claire pour l’orga. On teste l’idée du panneau feedback client dès lundi ! Bravo pour ton implication. »

Valoriser une mission réalisée, c’est aussi lui donner une suite concrète : reprendre les idées, les appliquer, les faire vivre. Cela renforce le sentiment d’utilité, d’appartenance et d’engagement. C’est un cercle vertueux : plus la contribution est reconnue, plus l’envie de s’investir grandit. Une mission valorisée, c’est une motivation durable.

Déléguer, c’est poser un cadre clair, donner les moyens de réussir, accompagner sans surveiller, et valoriser les efforts. En clinique, c’est aussi faire émerger les compétences sans perdre de vue les objectifs.

Reste à voir comment, dans votre quotidien de praticien, ces principes pourront s’ancrer concrètement dans vos pratiques, pour faire grandir l’autonomie et l’engagement de votre équipe.

Stéphanie EVRARD, ASV

📚 Sources

GP-FR-NON-251100031